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Arnaud Petit - Stéphanie Bodet

Mexique

Logical Progression / El Gigante / Mexique - décembre 2006
Logical Progression / El Gigante / Mexique - décembre 2006
Un big wall de libre magnifique, avec une approche sauvage dans un profond canyon du nord du Mexique.

Logical Progression, 900 m, 7c+ max (7a obligatoire) est une voie magnifique de 27 longueurs bien soutenues dans le 7.

Grimpant à deux cordées, avec Titi Gentet et Sylvain Millet nous avons gravi la voie avec un bivouac sur une vire paradisiaque. Aucun de nous n'a réussi la voie à vue mais ce ne n'est pas passé loin !

L'escalade est verticale ou déversante, technique et variée : réglettes, trous, fissures... au programme. La voie est entièrement équipée de spit, il faut normalement compter trois jours pour la gravir.

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Le récit d'Arnaud

Approche de la paroi d'El Gigante - Mexique Sylvain Millet et Titi Gentet au sommet de la paroi d'El Gigante - Mexique - après leur ascension de "Logical Progression" Sylvain Millet et Titi Gentet sur la paroi d'El Gigante - Mexique - pendant leur ascension de "Logical Progression" Sylvain Millet sur la paroi d'El Gigante - Mexique - pendant l'ascension de "Logical Progression" Bivouac sur la paroi d'El Gigante - Mexique

Logical Progression a été ouverte en 2002 par Bert Van Lint (Belgique), Lucas Laeer (Mexique), Peter Baumeister (Allemagne). Elle a été ouverte du haut* et est entièrement équipée, 390 spits ! Elle comptait 5 ou 6 ascensions avant notre venue. Toutes avaient demandé trois jours et nous espérions pouvoir tenter la voie en une seule journée.

Mais une fois sur place, nous avons vite déchanté, les nuits glaciales de ce début décembre, les jours très courts ont rendu bien saugrenue cette idée de grimper en une seule journée. Nous avons rapidement improvisé des petits sacs de tirage et nous sommes partis pour une ascension en deux jours.
La première journée fut très longue avec 18 longueurs dont un 7b, trois, 7c et un 7c+. Ce jour là c'est Titi et Sylvain qui étaient les premiers. Nous sommes arrivés à la nuit à la vire de bivouac, juste assez grande pour 4. Le lendemain, nous avons démarré les premiers avec Stéphanie : 9 longueurs dont six entre le 7b et le 7c+. Murs à trous, piliers techniques, quelques dièdres, dalles techniques, il y avait tout au programme de cette voie.
Nous avons loupé de peu l'ascension parfaite, à vue et sans chute, celle dont on rêve tous! Le premier jour, j'étais le seul à tout faire à vue alors que le deuxième, je loupais un 7c+. Ce jour là, c'est Sylvain qui fera tout à vue: la conclusion est qu'il est bien plus difficile de passer le premier sur des prises poussiéreuses et sans magnésie que lorsqu'on est dans la cordée suivante, un bilan d'une naïveté navrante, me direz vous!
Nous sommes descendus en rappel le deuxième jour en terminant les derniers rappels de nuit.

Pendant ce séjour, nous étions souvent avec Mickaël Fuselier, Mathieu Ménadier et Julien Nadiras qui ont pris leur temps pour faire la voie en 4 jours parce qu'ils voulaient filmer leur ascension. Mickaël n'était pas loin lui non plus de l'ascension à vue, réalisant les deux 7c+ mais pas échouant dans un 7b+ et un 7c. Il sont descendus de manière classique, en rejoignant une piste à une heure de marche en ayant donné rendez vous au guide qui nous avez accompagné au pied de la paroi.
Mais il paraît qu'il existe un chemin ramenant au pied de la voie.

Les couennes et les voies à la cascade
Autour de Basaseachi, on trouve une centaine de couennes de tous niveaux et également de nombreux blocs. Si pour le bloc le rocher à trous très abrasif ne nous a pas totalement convaincus, nous avons pris beaucoup de plaisir à grimper dans les couennes. Je ne dirais pas que cela vaut un si long déplacement, mais il y a moyen de bien s'amuser, d'autant que d'autres voies s'équipent en ce moment.
Deux autres voies nous attendaient à proximité de la superbe cascade de Basaseachi : ouverte par la même équipe d'ouvreurs que Logical Progression, Subiento El Arcoiris, 320 m, 8a max, 7a obligatoire, se déroule sur un rocher magnifique. C'est une voie majeure.
Personnellement j'ai loupé le à vue à très peu (le 7c+, alors que j'ai pu faire le 8a, suivi par Stéphanie qui enchaîna aussi cette longueur). Sylvain et Titi y retournèrent une deuxième fois, Sylvain réalisant la première ascension en libre de cette voie, Titi échouant au 7c+, bien retors pas de bloc... A voir, Vertical n°7 aout 2007 avec un très bel article sur le Mexique et cette voie de David Kaslikowski.
Par contre, Macuchi, 6c max, 6b+ obligatoire ne nous a pas laissé de souvenirs impérissables; les deux premières longueurs sont sales, la suite nettement mieux mais il faut composer avec des longueurs très longues, du tirage et des relais rarement logiques.

* A noter que cette voie avait été au centre d'une énorme polémique après son ouverture. Alex Huber avait à l'époque demandé le support du milieu pour aller la déséquiper. Il considérait alors qu'il fallait faire un exemple : équiper une voie depuis le haut sur un big wall était une hérésie. A l'époque, seul Kurt Albert (auteur d'une voie sur la même paroi) ou presque, prit sa défense, alors que parmi ses détracteurs aucun ou presque n'avait ouvert de voies de libre sur des big walls.
Bien heureusement la voie ne fut pas déséquipée. Il se trouve que c'est un itinéraire superbe, unique par son ampleur pour une voie sportive : 27 longueurs d'une escalade de qualité, technique et exigeante. L'équipement est globalement excellent, avec des parties obligatoires bien dosées et c'est plutôt mieux ouvert que si cela avait été fait du bas, même par les spécialistes du genre.

Les infos pratiques

Basaseachi et El Gigante :

La région de Basaseachi regorge de parois de tous genre d'un rocher volcanique riches en formes mais assez agressif pour les doigts. Il y a une soixantaine de couennes à côté du village et également deux très belles voies de 300 mètres à côté d'une superbe cascade. Les accès sont rapides (sauf pour El Gigante, 5 h de marche). La vie est peu onéreuse au village de Basaseachi. On peut y accéder en voiture depuis Chihuahua qui est doté d'un aéroport international.

Les falaises de basalte de Basaseachi méritent une visite même si l’on vient d’abord dans cette région isolée du nord du Mexique pour les 900 mètres d’escalade du big wall d’El Gigante.

Atterrir à Chihuahua, bus (très bon marché) ou voiture de location, (Hertz en ville, 575 euros pour 18 jours en 2007) pour Basaseachi, 4 h.
La voiture permet d’être plus libre au village pour aller grimper. On peut toutefois marcher ou faire du stop pour aller au Canyon et à la Cascade (3 km), mais pour aller à l’autre secteur situé près du Ranch San Lorenzo c’est plus difficile (15 km).
De même pour rendre visite à Santiago avoir une voiture est plus simple, sinon compter 25-30 euros en demandant un coup de main. Santiago est le guide qui connaît l’approche du canyon de Candamena qui amène au pied de El Gigante, tarif : 50 euros. Pour le retour du sommet, Santiago va vous attendre et retour en voiture (plus de 3 h), environ 100 euros.
Sinon la vie sur place est peu onéreuse en ce qui concerne les hôtels (10 euros par personne) et les restaurants (demi tarif par rapport à l’Europe).

Un grand merci à Rémi Laborde et Arnaud Boudet pour leurs infos !