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Arnaud Petit - Stéphanie Bodet

Pakistan

Eternal Flame / Tour de Trango, 6240 m / Pakistan – juillet 2005
Eternal Flame / Tour de Trango, 6240 m / Pakistan – juillet 2005
Avec Christophe Dumarest et François, le frère d'Arnaud, nous avons gravi en trois journées fantastiques ce qui est peut être la plus belle voie du monde en altitude.

La Tour de Trango, aiguille perchée à 6240 mètres d'altitude au cœur du Karakoram (Pakistan), est l'un des sommets les plus extraordinaires de l'Himalaya. Son équilibre improbable et sa pureté défient les grimpeurs.

 

La gravir constitue en effet le rêve des alpinistes du monde entier. Pour Stéphanie et moi, ce fut l'aboutissement de plusieurs années d'escalade en montagne et de voyages à travers le monde à la recherche des plus beaux big walls.

 

Beauté du sommet à deux pas des géants himalayens, technicité de l'escalade, qualité du rocher, haute altitude : tous ces éléments contribuent à en faire une escalade idéale.

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Le récit d'Arnaud :

StéphaniePremier camp Jumar à 6000mStef 7a+Christophe relais

Surmotivés par le récit que nous avaient fait Sandrine et Antoine de Choudens après leur ascension en juillet 2004 (en deux jours d'escalade, bloqués par la tempête, ils s'arrêtèrent à quelques dizaines de mètres du sommet,) nous avons rejoint le Pakistan l'été suivant dans le but de réaliser cette escalade au maximum en libre mais surtout avec en tête un rêve de gosse, se tenir sur ce sommet unique.

Après un trek avorté (deux jours d'attente en vain, à 4600 m, côté Hushe pour passer le col du Gondogoro à 5600 m), nous avons rejoint le camp de base de la Tour depuis Askole en 3 petites journées de marche. Nous n'étions pas parfaitement acclimatés, loin de là, mais les infos météo que nous a envoyéés Yannick Giezendanner nous ont motivés à nous lancer directement dans l'ascension.

Après la longue montée de 1300 m de dénivelé (ébouli, neige à 40°) jusqu'au au col sud situé à environ 5400 mètres, nous avons gravi la voie en trois jours, avec un beau temps persistant et peu de vent.
Une chance incroyable nous permettant de grimer relativement confortablement (seul un 7b que Stéphanie essaya tout de même par -15° à l'ombre au petit matin du troisième jour n'était pas "grimpable" en libre) en grimpant en polaire et quelques fois avec un coupe vent en plus.

Au sommet, en milieu de journée du troisième jour nous regrettions presque que ce soit fini, tout était allé très vite, presque trop facilement. Avec notre choix de ne faire qu'une seule cordée de quatre, nous n'avions pas eu notre dose de grimpe en tête. Mais en 2005, la voie n'était pas encore classique, il y avait peu d'informations très précises et seuls Antoine et Sandrine l'avaient gravie rapidement, sans malheureusement atteindre le sommet. Nous voulions vraiment assurer le coup, d'autant plus que 3 américains et les frères Pou devaient se présenter en même temps au pied de la voie. Un demi regret donc puisque finalement nous avons été la seule cordée à atteindre le sommet lors de ce crénau, et nous avons vraiment apprécié le plaisir de partager à quatre une aventure sans jamais être dépassés par les événements.
Stef, reine des fissures à main et des chutes à 6000 mètres et François, roi de la logistique et du don de soi - je fais du jumar avec le sac sur le dos pas de problème... je vais faire de l'eau... ont quand même pris la tête malgré leurs compagnons plus expérimentés. Christophe, incomparable dans les longueurs de mixte fut excellent aussi dans les longueurs dures, et c'est lui qui hérita des deux 6c obligatoires. Personnellement j'aurais rêvé d'être un héros et de réussir les 7c à vue... mais ce ne fut pas le cas!

Quoi qu'il en soit, nous avons essayé toutes les longueurs à vue, nous avons buté une fois sur deux mais qu'importent les points de repos, les points d'aide ou les vols, nous avons beaucoup ri (l'altitude?) et dans l'oxygène rare, nous respirions l'ivresse de la joie de vivre au sommet, "heureux d'être content" comme dit un ami de l'Argentière La Bessé.

Un de mes plus beaux souvenirs reste notre bivouac sur la petite vire à 6000 m où nous avons taillé la pente de neige et de glace pour nous installer confortablement, à la belle étoile : un point de vue et des lumières d'une beauté inouïe sur la Grande Tour de Trango et les montagnes du Karakoram. Inoubliable. Merci François, Stef et Christophe.

Pour un récit plus littéraire de notre voyage, nous vous renvoyons au texte de Stéphanie - Complément Pdf de cette page - texte présenté à la revue La Montagne et Alpinisme et publié en décembre 2005.

Eternal Flame à la "loupe"

TOUR DE TRANGO, (6240 m - face sud)
Karakoram, Pakistan

ETERNAL FLAME
800 m, 7c+ ou A1/A2, 6c+ obligatoire

Première ascension : Kurt Albert, Wolfgang Güllich, Christoph Stiegler, Milan Sykora en 1989. Dès son ouverture la voie a été gravie avec 80% de libre. Les 9 premières longueurs empruntent la voie des Slovènes ouverte en 1987 par Slavko Cankar, Franc Knez et Bojan Šrot.
En libre : En août 2003, Nicolas Zambetti , Denis Burdet et Tony Arbonès libèrent la voie, ne laissant que le pendule et l'échelle de spits. Le premier pendule doit être possible en ouvrant une variante et l'échelle de spits peut désormais se franchir par la variante d'Iker Pou, estimée en moulinette à 8a.

Pour information nous avons gravi la voie du 20 au 22 juillet 2005.

C'est réellement une escalade magnifique et rendue extrêmement difficile par la météorologie instable de ce massif montagneux ainsi que par l'altitude. Grimper en libre au froid et dans l'air raréfié dans le 7e degré nécessite une bonne marge technique et physique.
Avec quelques points d'aide, la voie est plus abordable, le 6c reste obligatoire, un niveau pourtant accessible. La preuve : la voie est devenue une grande classique himalayenne depuis 2005 et il n'est pas impossible de s'y retrouver à plusieurs cordées en même temps.

Au programme : beaucoup de fissures rectilignes, pas tout à fait verticales et bien adaptées aux coincements pour les petites mains, agrémentées de quelques passages plus techniques et délicats sur les pieds (une escalade assez semblable finalement à celle que l'on trouve sur le granit du massif du Mont Blanc dans le niveau 7a). Au niveau ambiance et altitude, je pense que grimper au Pilier du Brouillard sans être acclimaté est assez similaires, en oxygène et températures.

Horaires : depuis le camp de base (4100 m), 4-6 h d'approche (suivant votre sac) pour le couloir et ses 1350 m de dénivelé. Pour la voie : 3 jours. Descente : 3-4 h jusqu'à Sun Terrace puis 2 h jusqu'au col sud.

Conditions favorables : juillet, août, septembre. Pour grimper en libre il faut du grand beau temps (à 6000 m, température en journée semblable à celle rencontrée au sommet du mont Blanc en été). Sur le Baltoro, le temps est relativement perturbé et il faut tabler sur un minimum de trois semaines pour s'assurer un créneau de temps stable.

Matériel : cordes de 60 m, 10 dégaines dont 4 de 60 cm. 4 sangles de 60 cm, 4 sangles de 120 cm, 8 mousquetons libres. Camalots ou Aliens du 0.1 au 0.4 en double, 0.5 et 0.75 en triple, le 1 de préférence en quatre exemplaires, le 2 en double et un seul n°3. Un petit jeu de câblés avec surtout des petits, Ball Nuts n°1 et 2 utiles. Des chaussures de montagne légères suffisent. Une paire de crampons et 2 piolet-tractions pour le leader (1 piolet et des crampons chacun pour le couloir), une ou deux broches. Spits au relais en général ; quelques spits et pitons dans les longueurs.
Point de départ : Le camp de base s'atteint en 3 ou 4 jours d'Askole (3000 m) que l'on rejoint en une journée de 4×4 depuis Skardu (130 km dont 100 km de piste parfois très délicate). Skardu s'atteint en deux jours de bus depuis Islamabad ; 750 km le long de la Karakoram Highway.

 

Les infos pratiques :

Camion Pakistanais

Comment y aller : Gulf Air propose en général les meilleurs tarifs pour Islamabad.
Formalités : visa à faire en France avant le départ. Il faut un agrément de la fédération pour faire ce visa. Sur place, les groupes font les formalités pour le permis de trek à Islamabad (voir avec votre agence). Seuls les sommets de plus de 6500 m étaient payants en 2005, 2006 et 2007. Taxe de 120 USD pour les secours héliportés.
Voyager en tant que femme au Pakistan : Il n'y a pas de problème particulier (respecter les usages locaux en restant vêtue de vêtements longs). Mais il est clair que les hommes sont (encore) plus accueillants avec les touristes hommes. Stéphanie a tout de même eu l'impression, du moins dans cette partie du Pakistan, de devoir rester en retrait et de contenir sa curiosité afin de ne pas choquer.

Nous sommes partis avec l'agence de voyage North Pakistan. Notre guide, très agréable et très sérieux, Raza a depuis monté sa propre agence : Mohammad Ali Raza : raza_mountainguide@yahoo.com

Les Treks :

Deux treks classiques sur le Baltoro :
Baltoro Glacier, un aller retour de 15 jours jusqu'à Concordia, 4650 m ; des panoramas superbe, avec les Tours de Trango puis la toute puissance du K2 ; possibilité d'aller aux camps de base du Broad Peak et du K2 ou celui du Gasherbrum I.
Gondogoro La, un des plus beaux treks techniques de la planète et déjà un classique; on commence de même à Askole puis, après Concordia, on franchit le col du Gondogoro à 5600 m qui permet de descendre sur la vallée de Hushe.

Deux autres treks du Karakoram :
Fairy Meadows : un court trek (2-3 jours) aux paysages variés et somptueux donnant accès au camp de base du Nanga Parbat (3970 m). Départ de Raikot Bridge à 78 km au sud de Gilgit.
Rush Phary : un trek facile de 4 à 5 jours avec vue sur le Golden Pillar du Spantik et le Diran et permettant de monter à 5100 m. Départ de Hopper, 20 km au sud est de Karimabad dans la superbe vallée de la Hunza qui offre de nombreuses balades de ce genre.

Ces treks peuvent très bien s'organiser sur place, à Skardu ou Karimabad. Mais les grands groupes préfèreront s'y prendre à l'avance en contactant des agences par internet.