
Peu nombreux sur la planète, les "big walls" sont des parois hautes de plus de 600 mètres. Situées dans des univers variés, où le climat peut être rude, ces faces requièrent donc de la part des grimpeurs - alpinistes qui s’y attaquent, un important panel de compétences.
Gravir ces parois légendaires sans artifice, dans un style parfait, en escalade libre, reste le rêve des meilleurs grimpeurs du monde.
Certains en font même la quête absolue d’une vie, pour nous c'est le projet FREE WALL.
Une aventure à deux qui a vraiment débuté en 1998, sur un Big Wall malgache, le Tsaranoro, premier vrai départ, premier voyage lointain qui a laissé ses empreintes profondes et inaltérables et qui nous a voué définitivement aux grandes parois.
Après avoir gravi la Fleur de Lotus au Canada, la Tour de Trango au Pakistan et le Salto Angel au Venezuela, nous avons peu à peu pris conscience que nous étions parvenus à un tournant dans notre pratique de la montagne et de l’escalade.
Notre dernière ascension au Salto Angel notamment et ses 12 nuits dans la face nous a propulsé un peu plus dans le monde de la vie en paroi qui nous a véritablement enchanté. Tant d’autres parois à découvrir et à vivre, tant de rêves de gamins à assouvir ! Notre mot d’ordre est donné : deux années ou plus pour vivre sur le fil, histoire d’étancher notre soif de rocher et de beauté.
Poursuivre cette aventure en lui donnant un nom s’est peu à peu révélé indispensable pour nous conforter dans nos intentions et dans nos projets. Tenter de gravir les plus hautes et les plus belles parois du monde en suivant une ligne de conduite rigoureuse autant pour l’amour des découvertes, des rencontres que de l’escalade libre nous est donc apparu comme une évidence, la suite logique de nos années passées à grimper autour du monde.
Face au Tsaranoro à Madagascar, notre premier
contact avec un big wall, en 1998
Une aiguille idéale de granit doré, perchée à 6240 m d’altitude au centre des géants himalayens du Pakistan. Une voie aux difficultés allant jusqu’au 8a ! Nous n’avons pas gravi la voie entièrement en libre, pressés que nous étions de parvenir au sommet par une météo instable. Nous nous sommes contentés de trois jours de grimpe parfaits, tant sur le plan des conditions que de l’entente qui régnait au sein de notre cordée de quatre. François Petit et Christophe Dumarest nous accompagnaient et nous avons filmé les plus beaux moments de cette ascension.
Une paroi surplombante de plus de huit cents mètres, rendue austère par la monstrueuse cascade qui prend son élan depuis son plateau sommital. Une voie extrême avec des longueurs allant jusqu’au 7c+ que les grimpeur doivent entièrement protéger par eux-même, afin que la paroi retrouve son intégrité après leur passage. Il s’agit d’une des escalades les plus complexes au monde et c’est assurément la voie la plus difficile que nous ayons gravie. Nous avons passé douze nuits dans la face et vécu une belle aventure humaine car un vrai travail d’équipe( nous étions six) a été nécessaire pour venir à bout des difficultés d’ordre logistique et tactique qui se présentaient. Blessée au coude avant le départ, Stéphanie n’a pas pu s’exprimer complètement sur le plan de l’escalade, mais Arnaud et Nicolas Kalisz se sont partagés les longueurs difficiles et sont parvenus à les gravir en libre.

Ce voyage vertical a été filmé par Evrard Wendenbaum, le DVD intitulé Amazonian Vertigo est sorti début octobre. C'est film d'aventure ou l'escalade, si extrême soit-elle, n'est qu'une partie des difficultés rencontrées au cours de l'expédition et ses 12 jours et nuits en paroi…
Dans un canyon sauvage au nord du Mexique, une voie de 900 m, 27 longueurs soutenues dans le 7e degré (7c+ max). Nous l'avons gravie en deux jours, Arnaud loupant le à vue complet de peu (une longueur), une belle aventure vécue avec un plaisir partagé avec une autre cordée : Fred Gentet et Sylvain Millet.
Nous rêvions de nous tenir au sommet de cette montagne incroyable qu'est la Tour Centrale de Paine. Après une tentative avortée et 4 jours d'attente nous en avons gravi la voie la plus simple. Mais le temps froid et le vent nous ont compliqué l'affaire, bivouac pénible à la descente, début d'engelures aux orteils pour François Petit qui nous accompagnait. Bref, nous avons quitté le massif de Paines pour celui de Chalten tous bien fatigués! Mais la beauté des montagnes autour du Fitz Roy nous a subjugués et nous reviendrons certainement motivés et préparés en 2009.
Dans la Bonnigton à la Tour Central de Paine,
traversée de la 10e longueur
Un mois à Indian Creek en compagnie de Martina Cufar! Le rêve ! Des lignes plus belles les unes que les autres et de belles croix pour nous deux. "Less than 00" 5.13a à vue pour Arnaud et "Rubys Cafe" 5.13a également au deuxième essai pour Stef.
Stéphanie souhaitait se frotter au libre à El Capitan en essayant Free Rider. Cette voie de 1000 mètres située dans le sanctuaire de l’escalade libre en big wall est une référence. Free Rider avait demandé 6 mois d'efforts à l'américaine Stef Davis.
Stéphanie a réussi les 30 longueurs de Free Rider en 6 jours, après 5 journées de travail réparties sur 3 semaines. C'est une des plus belles performances en escalade de l'année et Stéphanie devient la troisième femme après Lynn Hill et Stef Davis à gravir El Capitan en libre.
Avec Titi Gentet et Nicolas Kalisz nous avons ouvert une nouvelle voie sur Tagoujimt n'Tsouiant, Babel : 800 mètres de grimpe très engagée et soutenue dans le 7e degré, un big wall en calcaire assez unique. Fred Ripert a filmé l'ouverture de ce big wall calcaire.
Juin 2008 : Madagascar, Tough Enough
Avec Sylvain Millet et Laurent Triay nous partons nous frotter à la grande voie sportive la plus dure du monde, Tough Enough, 10 longueurs ouverte en artif par Daniel Gebel en 2005 et dont François Legrand a trouvé les solutions pour le libre en 2007. François parle de 5 longueurs dans le 8c !
Ces 1450 m d’escalade en fissures extrêmes et soumis au rude climat patagonien font de cette voie un aboutissement. Pour l’heure, toutes les expéditions s’y sont cassées les dents. Il faut trois jours de beau temps pour réussir, si toutefois les fissures sont sèches…Des conditions pratiquement impossibles…mais qui ne tente rien…
Le deuxième objectif de notre projet FREE WALL est de réaliser un film retraçant nos différents périples verticaux.
A travers l’évocation d’ascensions, plus ou moins difficiles mais toujours magnifiques, se dessinerait un projet de vie commun, l’expression d’une passion marquée par le goût de l’inconnu et de la verticalité.
Après avoir gravi la Fleur de Lotus au CanadaTour de Trango au Pakistan et le Salto Angel au Venezuela, nous avons peu à peu pris conscience que nous étions parvenus à un tournant dans notre pratique de la montagne et de l’escalade.
Notre dernière ascension au Salto Angel notamment et ses 12 nuits dans la face nous a propulsé un peu plus dans le monde de la vie en paroi qui nous a véritablement enchanté. Tant d’autres parois à découvrir et à vivre, tant de rêves de gamins à assouvir ! Notre mot d’ordre est donné : deux années ou plus pour vivre sur le fil, histoire d’étancher notre soif de rocher et de beauté.
La notion de prise de risque en couple sera également abordée dans la mesure où des ascensions, de plus en plus difficiles et engagées amènent évidemment à réfléchir et parfois à réajuster ses envies. Car progresser n’est pas sans danger et les tentations sont fortes lorsque l’on se sent au sommet ou presque de ses compétences et de sa forme physique. Les interrogations sur la façon de vivre l’escalade et du plaisir qu’on en tire dépasseront le seul cadre de l'exploit.
Prendre le parti d’un alpinisme heureux, hédoniste, ludique, décliné au féminin-masculin, différent de l’alpinisme mâle et guerrier, tel pourrait être le résumé de notre cheminement.
"Les Big Walls"
Auteurs des deux volumes intitulés " Parois de Légende ", parus chez Glénat en 2005 et en 2006, nous souhaiterions, au terme de notre projet, réaliser un livre avec textes et photos relatant notre aventure sur ces big walls autour du monde avec ses moments d’incertitude et de bonheur, de désillusion et de rêve.